Tes yeux ont vu

Variation moderne du mythe du Golem, Tes yeux ont vu nous raconte l’histoire de deux êtres qui apprennent à s’apprivoiser: le créateur et sa créature. Un récit pudique doublée d’une mise en page de qualité.

Synopsis

De nuit, un véhicule quitte le centre-ville, il emprunte les grandes artères, peut-être un périphérique, puis une autoroute. Le véhicule roule longuement dans la nuit obscure en direction d’un lieu inconnu. Bientôt, il arrive en pleine campagne et progresse sur des routes de plus en plus étroites avant de s’immobiliser devant une grande demeure sombre qui semble inhabitée. Le coffre ouvert témoigne qu’un colis a dû en être extrait.

Enfin, une silhouette apparaît, elle est assise sur une chaise située à la tête d’un lit qui n’a pas été défait. La silhouette est entièrement enroulée dans des bandelettes, des pieds à la tête. Une simple fenêtre étroite située tout en haut du mur nous laisse deviner que cette chambre a été aménagée dans une cave. La silhouette semble totalement avachie sur la chaise, inerte, les bras ballants, le menton reposant sur le torse.

Ainsi commence Tes yeux ont vu.

Avis

Parfois, il est inutile d’aller plus loin dans un synopsis. Ces quelques onze pages qui ouvrent Tes yeux ont vu sont très représentatives de la puissance visuelle de cet album. Onze pages qui suffisent à nous faire entrer dans l’univers faussement minimaliste de Jérôme Dubois. Economie des textes, économies des explications superflues, quatre couleurs uniquement (le rouge sang, un bleu profond, un bleu électrique et le blanc), mais puissance indéniable de l’image et de la composition.

 

 

Jérôme Dubois nous propose huit pages de voiture qui roule dans la nuit et cette scène muette constitue une parfaite introduction pour la suite. Elle porte en elle beaucoup de messages : le secret, la fuite, la distance, la répétition, la solitude.

Ne vous laissez pas déstabiliser ou rebuter par cette mise en bouche, elle est promesse de qualité : la puissance dans la synthèse.

Tes yeux ont vu nous raconte l’histoire de deux êtres qui apprennent à s’apprivoiser. D’un côté, Emet, étrange créature ayant pris conscience d’elle-même dans cette cave. Emet qui va peu à peu faire l’apprentissage de la vie, de la liberté et de la dépendance. De l’autre, le professeur Loew, son créateur, une jeune femme, professeure de médecine qui a créé cette créature et qui veille sur elle, sur sa santé et sur son apprentissage.

Variation moderne du mythe du Golem auquel le texte fait explicitement référence, l’album nous confronte aux thèmes de la dépendance, de la solitude et du libre-arbitre. Loin des clichés éculés du manichéisme et de la repentance, l’album explore avec justesse et sensibilité la relation entre la créature et son créateur.

Penchez-vous sur cet album, il mérite vraiment le détour, témoignant d’une belle maîtrise de la part de l’auteur et de la qualité des publications de la maison Cornélius.

 

Scénario: Jérôme Dubois

Dessin: Jérôme Dubois

Année: 2017

Date de sortie: 26 septembre 2017

Éditeur: Cornelius

Collection: Pierre

Prix: 21,50 €

 

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